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Opinion

A la recherche d’un emploi

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Au Cameroun…les déficients visuels face à un tableau noir

Ils ne trouvent pas facilement de travail à cause de leur handicap.La Damic, Dynamique des aveugles et mal voyants intellectuels du Cameroun, a tiré la sonnette d’alarme face à cette injustice et a adressé courant le mois de mars 2021 une lettre ouverte au Président de la République pour solliciter la mise en œuvre effective des exigences contenus dans la convention relative aux droits des personnes handicapées et aux textes nationaux sur la question.

Jérôme Stéphane Kamga, 30 ans, déficient visuel à Bafoussam, a soutenu le 14 juillet 2021 son rapport de stage de fin de formation en vue de l’obtention d’une licence professionnelle en marketing et action commerciale. Malgré son handicap, le candidat a été félicité par le jury pour avoir su exposer sur « la stratégie de lancement d’un nouveau produit dans une entreprise de service ». Au terme de sa présentation, le candidat mal voyant a obtenu une mention « très bien».

Reste que le plus dur vient de commencer pour l’heureux lauréat : l’intégration dans le monde socioprofessionnel. «J’ai déposé des demandes d’emploi dans plusieurs entreprises après l’obtention de mon Brevet de technicien supérieur (Bts). Mais à chaque fois, j’ai été rejeté. Parfois, certains patrons m’ont fait marcher pour finalement me dire : tu es aveugle. Que peux-tu travailler ici ?», raconte-t-il. Ses deux sœurs cadettes, Makamté Doriane, 26 ans, et Mafodop Laura, 24 ans, sont aussi déficientes visuelles. La première, titulaire d’un master II en Psychologie des actions de Communication à l’Université de Dschang est désespérément à la quête d’un emploi. La deuxième, également diplômée de l’enseignement supérieur est sans emploi.

Elle pense booster ses performances en suivant une formation d’instructrice dans une école de la ville de Bafoussam.

« C’est douloureux à vivre »

Très avertie, suite à l’obtention de son baccalauréat, après son échec au concours d’entrée à l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic) à Yaoundé, Marie Koagne, une non voyante de la ville de Bafoussam, s’est inscrite dans un Institut privé de l’enseignement supérieur. Au bout de plusieurs années d’effort, elle a été déclarée admise à l’examen national de Bts session 2019. Au bout de deux années passées à la maison à la recherche d’un emploi, elle a été finalement appelée pour passer un entretien d’embauche dans une structure de la place en qualité de communicatrice. Reste qu’au bout de la période d’essai étalée sur six mois, elle n’a toujours pas reçu de lettre lui notifiant son recrutement. « Je suis là. Je me rends toujours à mon poste de travail. J’exécute les taches qui me sont confiées en ma qualité de charger de la communication », souligne-t-elle. Seulement le souvenir douloureux des années passées à la recherche d’un emploi semble ne l’avoir pas quitté. « J’ai marché dans plusieurs entreprises pour déposer des demandes d’emploi. A chaque fois, on m’a jugé sans me mettre à l’épreuve à cause de mon handicap. C’est douloureux à vivre. On parle de l’inclusion sociale. Ce n’est pas une réalité dans le monde professionnel au Cameroun », affirme-t-elle.

Ce point de vue est partagé par Roger Yoba, titulaire d’une licence en sociologie obtenue en 2008 à l’Université de Dschang et préfet des études au Centre d’intégration scolaire et professionnelle pour aveugles et malvoyants (Cispam) à Bafoussam. Pour lui, il est important pour les non ou mal voyants de bien se former pour « être compétents et compétitifs. » « Les patrons ou les investisseurs compliquent la tâche aux déficients visuels parce qu’ils ne sont pas suffisamment sensibilisés. Aujourd’hui, les Technologies de

l’information et de la communication permettent aux non ou mal voyants outillés en la matière d’être performants en entreprise au même titre que les autres. On ne doit pas se lamenter parce que l’on est handicapé visuel. Nous avons des atouts et des talents particuliers pour impacter positivement la vie des organisations. La convention internationale relative aux droits des personnes handicapées prescrit l’inclusion sociale. Nous militons pour que cela soit effectif», souligne-t-il.

Les exigences de la loi

Au plan international, l’Article 27 de cette convention internationale relative aux droits des personnes handicapéestraite du Travail et de l’emploi. Elle prescrit à cet effet :

  1. Les États Parties reconnaissent aux personnes handicapées, sur la base de l’égalité avec les autres, le droit au travail, notamment à la possibilité de gagner leur vie en accomplissant un travail librement choisi ou accepté sur un marché du travail et dans un milieu de travail ouverts, favorisant l’inclusion et accessibles aux personnes handicapées. Ils garantissent et favorisent l’exercice du droit au travail, y compris pour ceux qui ont subi un handicap en cours d’emploi, en prenant des mesures appropriées, y compris des mesures législatives, pour notamment :

a) Interdire la discrimination fondée sur le handicap dans tout ce qui a trait à l’emploi sous toutes ses formes, notamment les conditions de recrutement, d’embauche et d’emploi, le maintien dans l’emploi, l’avancement et les conditions de sécurité et d’hygiène au travail;

b) Protéger le droit des personnes handicapées à bénéficier, sur la base de l’égalité avec les autres, de conditions de travail justes et favorables, y compris l’égalité des chances et l’égalité de rémunération à travail égal, la sécurité et l’hygiène sur les lieux de travail, la protection contre le harcèlement et des procédures de règlement des griefs;

c) Faire en sorte que les personnes handicapées puissent exercer leurs droits professionnels et syndicaux sur la base de l’égalité avec

les autres… Au niveau national, la loi n°2010 / 002 du 13 avril 2010 portant protection et promotion des personnes handicapées évoque l’accès à l’emploi de la personne handicapée en son article 38. Ce texte prescrit : « (1) Les personnes handicapées justifiant d’une formation professionnelle ou scolaire bénéficient des mesures préférentielles, notamment la dispense d’âge lors des recrutements aux emplois publics et privés par rapport aux personnes valides, lorsque le poste est compatible avec leur état. 8(2) : A qualification égale, la priorité du recrutement est accordée à la personne handicapée. Toutefois, elles ne peuvent être soumises qu’aux épreuves compatibles avec leurs conditions. 3) En aucun cas, le handicap ne peut constituer un motif de rejet de leur candidature ou de discrimination. »

Le décret n° 2018/6233 /pm du 26 juillet 2018 fixant les modalités d’application de la loi n° 2010/002 du 13 avril 2010 portant protection et promotion des personnes handicapées est venu compléter cet arsenal juridique. Mais les déficients visuels ne sont toujours pas satisfaits. Dans une lettre ouverte au Président de la République courant le mois de mars 2021, La Dynamique des aveugles et mal voyants intellectuels du Cameroun (Damic) dénonce lenon respect de ce texte. Pour cette organisation dirigée par le journaliste Kevin Fozeu, l’Etat du Cameroun ne fait pas assez d’efforts pour favoriser l’intégration sociale et professionnelle des aveugles et mal voyants. Cette association invite le Cameroun à ratifier, entre autres, la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées et le traité de Marrakech portant sur certains droits des aveugles et mal voyants.

Un quota de 10% des places

Fidelis Njié, délégué régional des affaires sociales à l’Ouest fait savoir que la protection et la promotion des droits des aveugles et mal voyants se trouve au cœur des actions du gouvernement de la République. Il cite les consécrations législatives desdits droits dans la

loi du 13 avril 2010 et le décret de juillet 2018. Ainsi, il conseille aux déficients visuels à la quête d’un emploi d’adapter leurs compétences aux besoins du marché de l’emploi national. «Il est vrai que l’Etat à travers le décret de 2018 prescrit un quota de 10% des places pour les personnes handicapées aux entreprises privées ou aux organisations étatiques. Pour que les choses marchent normalement, dès le bas âge, chaque personne handicapée doit être orientée en fonction de son potentiel. Elle doit se former pour les métiers qui correspondent à sa nature. C’est à ce niveau que peut marcher la politique de l’inclusion sociale en matière de droit au travail », conclut-il.

Guy Modeste DZUDIE(JADE)

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