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La lutte pour l’ambazonie

Statut : 06.08.2021 02:42

Peu d’attention internationale est accordée à un conflit sur les droits de la minorité anglophone dans l’ouest du Cameroun. Il est mené avec une grande brutalité par les deux camps, et les insurgés se battent maintenant pour leur propre État.Par Sabine Krebs, ARD-Studio Nairobi

C’est une guerre civile qui fait rage depuis plus de quatre ans et qui est à peine remarquée par le public mondial. Dans l’ouest du Cameroun, les séparatistes et les forces de sécurité gouvernementales sont confrontés à un conflit qui a ses racines dans son histoire coloniale et le bilinguisme du pays. Des organisations indépendantes signalent de graves violations des droits humains ; selon les Nations Unies, 700 000 personnes sont désormais en fuite. Et les soins médicaux dans la zone de conflit sont très limités.

Sabine Krebs

Sabine KrebsARD studio Nairobi

Conséquences tardives de l’ère coloniale

Les causes des différends remontent à très loin, la première pierre en a été posée il y a un bon 100 ans. Après la Première Guerre mondiale, l’ancienne colonie allemande du Cameroun est partagée entre la France et la Grande-Bretagne : les quatre cinquièmes du territoire sont alors administrés par la France, la partie occidentale de la Grande-Bretagne.

Après l’indépendance dans les années 1960, le pays a deux langues officielles, deux systèmes éducatifs et deux systèmes juridiques. Mais la minorité de la partie anglophone du Cameroun – dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest – se sent de plus en plus opprimée et défavorisée. Les bureaux politiques et administratifs ne sont souvent annoncés que pour les francophones. Les frais de scolarité et les examens dans les universités sont souvent entièrement en français. De nombreux Camerounais anglophones, qui représentent un sixième de la population totale, demandent donc plus de reconnaissance.

Paul Biya vote à l'élection présidentielle camerounaise d'octobre 2018 |  alliance photo / dpa

Paul Biya, 88 ans, dirige le Cameroun depuis 1982 – l’opposition l’accuse de ne rester au pouvoir que par manipulation électorale. Image : photo alliance / dpa

Tendances à la rébellion et à la sécession

Début 2016, les manifestations contre le gouvernement francophone, majoritairement français, ont repris. L’État a réagi durement, en commençant par un blocus d’Internet pendant un mois. Des arrestations arbitraires et des opérations militaires massives s’ensuivent – il y a des morts. En réaction, des groupes séparatistes émergent dont le but est de rompre avec l’État central et de fonder leur propre État : l’Ambazonie.

Le conflit devient de plus en plus brutal. Les jeunes hommes, appelés garçons Amba, se battent contre l’armée. Le lance à son tour des opérations militaires, soupçonnées parmi la population civile de partisans des séparatistes. Des villages entiers sont incendiés, des gens sont assassinés, intimidés et kidnappés.

Des écoles sont également attaquées et plusieurs enfants sont tués ou blessés. Les fermetures d’écoles sont forcées – il est souvent impossible de comprendre qui est réellement responsable en fin de compte. On estime que plus de 700 000 enfants ne peuvent pas aller à l’école en raison de la violence continue.

Manifestation contre la visite du président camerounais Biya de la mission de l'ONU en Suisse |  EPA

Lorsque Biya voyage à l’étranger, il rencontre des protestations – comme ici lorsqu’il a visité la mission de l’ONU en Suisse en juillet 2021. Image : EPA

Peu de chance pour une solution politique

Paul Melly du think tank “Chatham House” parle d’une “situation bloquée”. Des manifestations pacifiques pour les droits civils et linguistiques ont entraîné des violences. Au cours des dernières années, des rapports crédibles d’organisations non gouvernementales ont fait état de violations graves des droits humains tant par les forces de sécurité de l’État que par les séparatistes. Et donc, craint Melly, “il est difficile de faire avancer un processus politique”.

Un récent rapport d’Amnesty International montre à quel point l’étendue des dégâts causés par le conflit dans la région est dévastatrice. Les déclarations de témoins et les images satellites montrent que les violations des droits humains par toutes les parties au conflit font désormais partie de la vie quotidienne. La population civile est particulièrement touchée.

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